Le franc germinal et la naissance du napoléon : une monnaie d'or pour un siècle

Parmi les pièces d’or que l’on croise aujourd’hui chez les négociants, le « napoléon » occupe une place à part. Son nom évoque l’Empire, mais son histoire est d’abord celle d’une monnaie remarquablement stable : le franc germinal, resté inchangé pendant plus d’un siècle. Comprendre sa naissance, c’est comprendre pourquoi ces petites pièces sont encore si répandues dans les coffres des familles françaises.
Une monnaie à reconstruire
Au tournant du XIXe siècle, la France sort d’une décennie de désordre monétaire. Les assignats, papier-monnaie émis pendant la Révolution, se sont effondrés et ont laissé un profond souvenir de défiance. Le franc existe déjà comme unité de compte depuis 1795, mais il lui manque une définition métallique solide et durable.
Le Premier consul Bonaparte, soucieux de restaurer le crédit de l’État, fait adopter la loi du 7 germinal an XI, soit le 28 mars 1803. C’est elle qui donne son nom au « franc germinal ».
Ce que fixe la loi de germinal
La loi définit le franc comme une pièce de 5 grammes d’argent au titre de 900 millièmes, soit 4,5 grammes d’argent fin. Elle prévoit aussi des pièces d’or de 20 et de 40 francs, frappées au même titre de 900 millièmes. Le rapport légal entre l’or et l’argent est fixé à 1 pour 15,5 : un gramme d’or vaut quinze grammes et demi d’argent.
Ce système est donc bimétallique : les deux métaux ont cours légal, et chacun peut faire frapper du métal à la Monnaie selon le tarif officiel. Pour une pièce de 20 francs, cela donne :
| Pièce | Poids total | Titre | Or fin | Diamètre |
|---|---|---|---|---|
| 20 francs or | 6,45 g | 900 ‰ | 5,81 g | 21 mm |
| 10 francs or | 3,23 g | 900 ‰ | 2,90 g | 19 mm |
Le titre de 900 millièmes signifie que la pièce contient 90 % d’or, le reste étant un alliage, principalement du cuivre, qui la rend plus résistante à l’usure.
Pourquoi « napoléon » ?
Les premières pièces de 20 francs portent l’effigie de Bonaparte Premier consul, puis celle de Napoléon empereur. L’usage populaire baptise rapidement ces pièces du nom de leur effigie. Le terme survit aux changements de régime : sous la Restauration, la monarchie de Juillet ou la République, les pièces de 20 francs or continuent d’être appelées « napoléons », quel que soit le personnage ou l’allégorie représentés.
La petite pièce de 10 francs or apparaît plus tard, au milieu du XIXe siècle. Frappée notamment sous Napoléon III, elle est souvent désignée comme le « demi-napoléon ». Vous trouverez ses caractéristiques détaillées sur notre fiche du 10 francs Napoléon.
L’Union latine : le franc au-delà des frontières
La stabilité du franc germinal inspire les pays voisins, qui adoptent des systèmes alignés. En décembre 1865, la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse signent une convention monétaire qui donne naissance à l’Union latine. La Grèce les rejoint peu après. Le principe : des pièces d’or et d’argent aux mêmes poids et titres, acceptées dans tous les pays membres. Un « franc » belge, une « lire » italienne ou une « drachme » grecque valent la même quantité de métal.
L’Union latine affronte rapidement une difficulté : la baisse de la valeur de l’argent sur les marchés, à partir des années 1870, rend le rapport légal de 1 pour 15,5 intenable. Les pays membres limitent puis suspendent la frappe des grosses pièces d’argent, et le système fonctionne dès lors essentiellement sur l’or. Fragilisée par la Première Guerre mondiale, l’Union latine prend fin au milieu des années 1920.
La fin du franc germinal
En 1914, la convertibilité des billets en or est suspendue pour financer la guerre. Le franc germinal disparaît alors de fait. En 1928, la stabilisation menée par Raymond Poincaré redéfinit le franc avec une quantité d’or très inférieure : c’est le « franc Poincaré ». Le napoléon cesse alors d’être une monnaie de circulation pour devenir un placement.
Les pièces de 20 francs n’ont pas disparu pour autant. La plus célèbre est sans doute celle au type de la Marianne et du coq, dessinée par Jules-Clément Chaplain, frappée à partir de 1899 puis refrappée après la Seconde Guerre mondiale avec des millésimes antérieurs. Elle respecte toujours le poids et le titre de germinal. Elle est présentée sur notre fiche du 20 francs Marianne Coq.
Pourquoi le napoléon reste populaire
Plus d’un siècle de frappe a produit un stock considérable de pièces, largement thésaurisées par les Français. Cette abondance, la standardisation du poids et du titre et la reconnaissance immédiate de la pièce par tous les professionnels en font aujourd’hui l’une des pièces d’investissement les plus échangées en France. Son prix suit le cours de l’or, avec une prime variable selon l’offre et la demande (voir notre article sur le prix, le cours et la prime). Les règles fiscales applicables à l’or peuvent évoluer : il convient de les vérifier auprès de l’administration ou d’un professionnel.
En résumé
La loi du 28 mars 1803 a doté la France d’une monnaie définie par un poids fixe d’argent et d’or, stable jusqu’en 1914. La pièce de 20 francs, rapidement surnommée « napoléon », en est devenue le symbole, avant que l’Union latine n’étende ce standard à plusieurs pays européens. Aujourd’hui, ces pièces au titre de 900 millièmes restent un lien direct avec l’histoire de l’étalon-or.



